Mardi, Jong Tae arrive de New York. C'est l'instructeur assistant du Maître au do-jang de New Milford; il sera pour moi, quelque chose entre le lièvre (celui qui donne l'allure, qui trace le sillon), le grand frère (Opa, en coréen, qui désigne aussi, curieusement, le petit ami), et le bourreau. Volonté de fer, humilité, discipline. Là encore, je reviens à zéro. Je ne sais rien, il faut oublier dix ans, revenir où on en est resté, et reprendre. A côté de lui, je me perçois de manière différentielle. Pourquoi n'ai-je pas la souplesse et la légèreté des coréens, pourquoi me fait-il l'effet d'être si bien éduqué, pourquoi mes tendons sont si durs, mes hanches comme bloquées. Je regarde dans le do-jang sa manière de faire les hyungs. Il les a apprises, pour l'essentiel de son instructeur, devenu Sa Bom (Maître Hong) à l'Université de Corée à Séoul. Je me rappelle avoir vu ce style dans le do-jang central du quartier de Yongsan.Travail très bas sur les appuis, mouvements de mains
ronds et aériens.
Il fait le repas, met la table, la débarrasse. Il est toujours d'humeur égale. Je discutaille pour m'attribuer la vaisselle, sinon, il l'aurait faite aussi.
En dehors de cela, il donne la plupart des cours. Il faut préciser que ce genre de compagnon est une figure classique de l'entraînement coréen au sein du Moo Duk Kwan. Une fois que la ligne est posée (par le Maître), les cadres ... répètent, vont au bout des séries, ne faiblissent pas, et entraînent derrière eux ceux qui prétendent vouloir savoir.